Médecine du Travail Interprofessionnelle de la Région
Brestoise
Rédacteur : Docteur
JEGADEN, médecin coordinateur.
La constatation d’une
augmentation importante en 2002 des salariés déclarés inaptes à leur poste et
qui ont donc pour la plupart perdu leur emploi pour raison médicale a conduit
le Service Interprofessionnel de médecine du travail de la région brestoise à
mettre en place depuis 2002 un observatoire annuel afin de surveiller
l’évolution de ces dossiers.
Voici les conclusions de
l’année 2003
Le nombre total des dossiers
intégrés dans cette enquête 2003 a été de 273 (contre 261 en 2002). Ce
nombre n’est pas exhaustif. Il est toujours inférieur au nombre d’inaptes
déclarés dans la synthèse des rapports annuels de 2003 qui est de 292 (314
en 2002). Il semble donc qu’il y ait stabilisation des cas d’inaptes au niveau
de l’année dernière.
Confirmation de l’augmentation
des salariés déclarés inaptes en 2002 – Stabilisation en 2003

·
Sexe :
La proportion est à
une légère augmentation du pourcentage de femmes mises en inaptitude, la
tendance restant la même par rapport à l’année dernière.
Hommes |
Femmes |
||
|
2002 |
2003 |
2002 |
2003 |
|
46,7% |
42,5% |
53,3% |
57,5% |
·
Age :
La moyenne d’âge de la population concernée est de
43,77 ans + 13,4 ans (44,3 ans ±
12,5 ans en 2002), ce qui paraît toujours assez jeune pour des inaptes
définitifs, et remarquablement stable. On retrouvait la même moyenne d’âge (44
ans) dans une enquête de même type de 1991.
Si l’on sépare cette population en 2 tranches d’âge (inférieur à 45 ans et égal ou supérieur à 45 ans), on retrouve en 2003 comme en 2002 une légère majorité de personnes de plus de 45 ans, mais 43 % des sujets ont moins de 45 ans.
La population des inaptes a une moyenne d’âge assez jeune
|
< 45 ans |
> ou = 45 ans |
||
|
2002 |
2003 |
2002 |
2003 |
|
41,4 % |
42,9 % |
58,6 % |
57,1 % |
·
Statut social :
|
2002 |
2003 |
|
OUVRIERS |
36,78 % |
34,8 % |
EMPLOYES |
56,32 % |
59,7 % |
|
MAITRISE |
3,44 % |
2,9 % |
|
CADRES |
3,44 % |
1,8 % |
Les employés représentent
toujours la majorité des cas d’inaptes
définitifs.
Il est vrai que la population active surveillée
comporte à peu près 2 fois plus d’employés que d’ouvriers (avec toutes les
incertitudes des classements en E ou O). Ceci relativise les résultats de
l’enquête. On peut donc avancer qu’il n’y a pas plus d’employés que d’ouvriers,
proportionnellement aux effectifs des actifs, à être déclarés inaptes.
·
Ancienneté des inaptes
dans l’entreprise :
La moyenne d’ancienneté des inaptes définitifs dans
l’entreprise se situe à 12,53 ans + 10,8 ans en 2003 [11,5 ans (±10,7
ans) en 2002], sans différence significative entre les hommes et les femmes.
III - Modalités des déclarations
en inaptitude :
Les procédures d’inaptitudes sont effectuées selon
l’article R 241-51-1 du Code du Travail :
« Sauf dans le cas où le maintien du salarié à
son poste de travail entraîne un danger immédiat pour la santé ou la sécurité
de l’intéressé ou celles des tiers, le médecin du travail ne peut constater
l’inaptitude du salarié à son poste de travail qu’après une étude de ce poste
et des conditions de travail dans l’entreprise et deux examens médicaux de l’intéressé espacés de deux
semaines, accompagnés, le cas échéant, des examens complémentaires mentionnés à
l’article R 241-51-1 ».
La procédure est
donc toujours la suivante :
1)
Cas commun :
Arrêt
1ère visite étude du poste Reclassement 2ème
visite Reclassement
======= ↕ ←------------→ ↕ ----- ou
travail de reprise 15 jours inaptitude licenciement
2)
Cas de danger
immédiat :
Arrêt visite de
===== ↕ ----------------→ licenciement
de travail reprise
inaptitude
d’emblée
·
Durée de l’arrêt de
travail précédant le visite de reprise :
Moyenne : 496 jours en 2003 (379,5 jours en 2002 )
On
note un allongement de la durée des arrêts de travail précédant la visite de
reprise par rapport à l’année dernière.
On
retrouve une différence de moyenne :
→ par sexe :
le durée de l’arrêt de travail est plus long chez les hommes [М = 490
jours en 2003 contre 428 jours en 2002] que chez les femmes (М = 365
jours en 2003 contre 357 jours en 2002).
→
par classes d’âge : les sujets de
plus de 45 ans ont une durée d’arrêt plus longue (М = 540 jours en 2003
contre 460 jours en 2002) que les plus jeunes (М = 260 jours en 2003
contre 289 jours en 2002).
Cet allongement des
arrêts de travail est surtout noté pour les hommes et les sujets de plus de 45
ans.
·
Y a-t-il eu une ou
plusieurs visites de pré-reprise pendant l’arrêt de travail ?
Oui dans 70,7 % des cas en 2003 ( 72,4 % des cas
en 2002). 1 à 2 visites en moyenne sont effectuées.
Il
n’y a pas de différence concernant les sexes
ou les classes d’âge.
-
Le pourcentage de visites de pré-reprise est assez important et montre que le
médecin du travail a pu « gérer » l’inaptitude avant la reprise du
travail dans les 2/3 des cas.
·
Y a-t-il eu 2
visites à 15 jours d’intervalle ?
Oui
pour 75,8 % des dossiers en 2003 ( 69,34 % des dossiers en 2002).
En
corollaire, il y a eu 23,1 % des dossiers qui ont donc été traités en
« danger immédiat », ce qui est moins que l’année dernière (30,65 %
en 2002). On ne retrouve pas de différence
entre les sexes et les classes d’âge à ce sujet.
Les
médecins du travail utilisent cette clause de « danger immédiat », le
plus souvent dans deux circonstances :
1/ Dans les cas d’inaptitudes liées à des invalidités
2ème catégorie, où souvent, les personnes malades ne peuvent réellement
plus travailler. Il est donc tout-à-fait inutile dans la plupart des cas de
rechercher un poste pendant 15 jours alors que la personne est, de toute
évidence, totalement inapte. On remarquera néanmoins que 31,1 % des
invalidités 2ème catégories ont été traitées de cette manière en
2003 alors qu’elles étaient 45 % en 2002.
2/ Dans les cas de souffrance psychique intense liée
non pas au poste de travail mais à un problème relationnel grave dans
l’entreprise, surtout lorsque l’entreprise est petite. Il peut y avoir
effectivement un danger immédiat pour la santé mentale du sujet de le faire reprendre dans son poste. 51
% des dossiers de souffrance au travail ont été traités en danger immédiat en
2003 alors qu’en 2002, 61% de ces dossiers avaient été traités de la même
manière.
·
Quel est le
pourcentage de sujets déclarés par la Sécurité Sociale en invalidité 2ème
catégorie ?
33% des inaptes ont été préalablement mis en invalidité 2ème
catégorie par la Sécurité Sociale en 2003 ( 30,7 % en 2002)
Il
n’y a pas de différence concernant le
sexe (H = 31,96 % - F = 29,5 %).
Par contre, il y a
plus de sujets de plus de 45 ans à avoir été classés dans cette catégorie.
|
< 45 ans |
> 45 ans |
|
16% 13,88 % en 2002 |
45,5% 42,48 %
en 2002 |
·
Connaissance du
poste de travail par le médecin du travail.
Ce
poste était connu du médecin du travail dans 87,2 % des cas en 2003 (85,4 % des
cas en 2002).
IV – Causes des
inaptitudes :
La
pathologie rachidienne ou la souffrance psychique au travail, bien que ne
faisant pas partie d’un Tableau des maladies professionnelles (sauf en ce qui
concerne certaines professions pour certaines affections du rachis :
Tableau 97 et 98) peuvent être liés directement à une situation de travail.
·
La pathologie déclarée
cause de l’inaptitude au poste est en lien direct avec le travail dans 43,6
% des cas en 2003 (42,1 % des cas en 2002). Il n’y a pas de différence
vis-à-vis des sexes et des classes d’âges.
·
10,3 % des cas ont donné lieu à une déclaration en maladie
professionnelle (7,3 % des cas en 2002), dont 77,3% pour le Tableau n°57 des MP
(gestes répétitifs) ( 68,4 % en 2002).
·
14,7 % des
inaptitudes sont liées à des séquelles d’accident du travail (13,4 % en 2002)
·
Inaptitudes par
pathologies :
Les
causes d’inaptitudes classées par pathologies sont résumées dans le tableau
suivant, selon la fréquence rencontrée :
|
2002 |
2003 |
|
Causes articulaires : Dont
|
46 % 21,1 % 14,6 % 11,5 % |
48,3 % 25,6 % 7,3 % % 15,4 % |
|
Maladies de la sphère
psychique Dont Maladies psychiatriques Souffrance au travail |
30,26 % 18,4 % 11,9 % |
25 % 11,4 % 13,6 % |
|
Maladies neurologiques |
6,1 % |
5,9 % |
|
Maladies cardio-vasculaires |
5,7 % |
7,0 % |
|
Cancers (toutes causes) |
3,4 % |
4,4 % |
|
Maladies respiratoires |
3,1 % |
3,3 % |
|
Maladies cutanées |
1,9 % |
0,7 % |
|
Maladies endocriniennes |
1,5 % |
2,2 % |
|
Allergies (toutes causes) |
1,1% |
1,8 % |
On note donc
toujours en 2003 comme en 2002 une majorité nette de maladies articulaires et
de maladies de la sphère psychique dans les causes d’inaptitude définitive au
poste de travail . Les autres causes, pourtant grands fléaux en santé publique,
affections cardio-vasculaires et respiratoires, allergies, n’entrent que pour
une part tenue dans ces inaptitudes.
V – Etude par
appareils :
V-I Troubles
articulaires :
On regroupe sous le
terme de « troubles articulaires » les pathologies touchant le
rachis, les troubles musculo-squelettiques (TMS), et les autres pathologies
dans lesquelles on retrouve notamment les maladies rhumatologiques et les
séquelles d’accidents touchant les os et articulations.
Ces pathologies constituent le
groupe le plus important des inaptitudes (48,3%).
·
Rachis : 21,1 %
On
ne retrouve pas de différence entre les sexes et les classe d’âge
On
note cette année une baisse sensible des cas d’inaptitude pour cause de TMS par
rapport à 2002 (14,6 % des cas).
V – II
Souffrance psychique au travail : 13,6 %
·
Par rapport à
l’âge :
Les sujets de moins de 45 ans qui sont les
plus touchés, mais la différence est nettement inférieure à celle de 2002.
|
< 45 ans |
> 45 ans |
|
16,2% (22,22 %
en 2002) |
11,5% (4,57 % en 2002) |
·
Par rapport au
sexe :
Les
femmes sont significativement plus touchées que les hommes en 2003 comme en
2002.
|
Hommes |
Femmes |
|
6% (8,2 % en 2002) |
19,1% (15,1 % en 2002) |
·
Par rapport à la classe
socio-économique :
Les
employés sont plus touchés que les ouvriers et que l’encadrement, mais les remarques
formulées au paragraphe II sont valables ici aussi. A noter tout de même que
les pourcentages sont similaires chez les ouvriers et employés par rapport à
l’année dernière, par contre on note l’émergence de cas de souffrance psychique
ayant amené à l’inaptitude médicale chez les cadres.
|
2002 |
2003 |
|
Ouvriers |
7,29 % |
7,36% |
|
Employés |
16,21 % |
17,79% |
|
Encadrement |
0 % |
7,69% |
V- III
Affections cardio-vasculaires :
Elles
ne représentent que 7 % des inaptitudes totales (5,7% en 2002).
Néanmoins,
on trouve comme en 2002, une différence liée au sexe et aux classes
d’âge :
|
< 45 ans |
> 45 ans |
|
3,4% ( 0,9 %
en 2002) |
9,61% ( 9,15 %
en 2002) |
.
|
Hommes |
Femmes |
|
11,2 % (10,65 %
en 2002) |
3,82 % (1,44 %
en 2002) |
Les hommes sont
naturellement plus touchés que les femmes, ce qui est cohérent avec les données
connues.
V- IV
Maladies psychiatriques (dépression en grande majorité) :
Cette
année, contrairement à 2002, on retrouve une différence significative entre les
hommes et les femmes en ce qui concerne les maladies psychiatriques On ne
retrouve pas de différence dans les pourcentages liés à l’âge et à la catégorie
S.P.
|
Hommes |
Femmes |
|
6,03 % |
15,28 % |
V-V Autres pathologies :
Les autres
pathologies ne montrent pas de différence entre les sexes et entre les classes
d’âge.
Conclusion :
Comme nous l’avions
préconisé l’année dernière, nous avons effectué cette année la même enquête
qu’en 2002 sur les sujets déclarés inaptes dans l’année.
Nous
pouvons constater que les chiffres de 2003 sont en général assez proches de
ceux de 2002 . Toutes les grandes tendances sont retrouvées.
A
signaler tout de même l’allongement des durées d’arrêt de travail avant mise en
invalidité nettement augmentées chez les hommes de plus de 45 ans par rapport à
l’année dernière et un pourcentage d’inaptitudes pour cause de troubles
musculosquelettiques réduit par rapport à 2002 (7% contre 14%).
Le
05/05/2004
Dr
Dominique JEGADEN
Médecin
coordinateur